La position du pastoralisme au sein de la société corse est bien connue. Elle a été ré-explicitée confirmant et précisant un diagnostic bien établi et présenté dans des instances très diverses dans le passé :
La place du pastoralisme dans le société corse
Le pastoralisme, « ensemble des activités d’élevage réalisées sur des ressources végétales spontanées dans le cadre d’un système d’élevage extensif » était autrefois une activité de subsistance qui apportait à une population rurale isolée de la laine, de la viande et du lait (ou des fromages) mais c’était aussi une activité marchande qui apportait à cette population une petite plus value monétaire par la commercialisation de fromages ou de cabris et d’agneaux sur les marchés d’Ajaccio , de Bastia, voire à l’exportation ou de lait via les industriels laitiers de Roquefort.
De ce passé, il reste que le monde pastoral fait partie du patrimoine culturel de la société corse mais n’est plus considéré comme une activité du présent. Le regard est souvent nostalgique vis-à-vis des bergers d’aujourd’hui dont le métier est à la fois dévalorisé et attractif. En d’autres termes le pastoralisme bénéficie d’une référence symbolique positive et d’une image réductrice et négative.
Cette activité pastorale n’a plus évidemment cet objectif d’apport de bien d’auto - subsistance. C’est aujourd’hui d’abord une activité productive marchande dans une société corse urbanisée qui fonctionnerait d’abord sur une économie de rente (administrative, touristique, du retour des Corses de l’extérieur ou des retraités) donc une économie de la demande et non pas de l’offre. D’ailleurs les produits pastoraux le fromage, le brocciu, voire la charcuterie (si on inclut l’élevage porcin extensif corse au pastoralisme) s’insèrent totalement dans cette économie de la demande avec le risque de récupération de cette demande par des produits de contrefaçon extérieurs ou l’achat de lait en Sardaigne ou sur le continent. Le pastoralisme est donc emblématique d’une économie insulaire sans investissements productifs, sans externalités.
La situation de l’élevage pastoral : un constat alarmant
L’élevage pastoral en Corse est dans une situation telle que sa survie même en temps qu’activité ou filière est menacée. Ce constat est unanime. L’âge moyen des éleveurs est élevé : 54% des éleveurs ont plus de 50 ans et la moitié n’ont pas de repreneurs. 18% des élevages vont disparaître d’ici 5 ans et les incitations à l’installation rencontrent peu d’échos. Les jeunes sont plus intéressés par les installations dans le cheval ou pour devenir sapeurs forestiers. La dureté du métier, la difficulté d’accès au foncier en concurrence avec les activités touristiques près du littoral, la nécessité de compétences de plus en plus diversifiées pour être en situation de réussir, le montant des investissements de départ pour disposer d’un outil en conformité avec les réglementations européennes, les incohérences et les retards administratifs et la lourdeur des dossiers pour accéder aux aides (pourtant importantes potentiellement) et au financement bancaire découragent les jeunes de se tourner vers cette activité qui peut pourtant être rémunératrice et a des atouts en termes de cadres de vie.
Néanmoins, des atouts et des perspectives qui répondent aux enjeux du développement durable
Pourtant le pastoralisme est une activité qui répond à plusieurs défis de notre temps pour un développement qui soit durable. Et la nécessité de systèmes de production plus économes en énergie correspond aux caractéristiques des systèmes pastoraux :
1 Les produits pastoraux sont d’abord des produits locaux. Ils sont dépositaires de savoir – faire liés à ces territoires. Comme il a été rappelé pendant la journée « La Corse n’est –elle pas le premier producteur mondial de Brocciu »!!!
2 Les systèmes pastoraux sont des systèmes peu consommateurs d’intrants et de ressources naturelles locales et spontanées dont la valorisation a été systématiquement dénigrée depuis les années 1950. Le pastoralisme pourrait coûter peu à la puissance publique alors qu’aujourd’hui, c’est une activité sous perfusion.
3 La revitalisation de l’élevage pastoral permettrait la reconquête d’espaces montagnards et de maquis qui aujourd’hui se ferment et deviennent un terrain de choix pour la propagation du feu. Le feu modifie les paysages et la biodiversité, détruisant une faune et une flore souvent endémique. Et la lutte contre le feu nécessite de la part des pouvoirs publics des dépenses de plus en plus lourdes que la collectivité a de plus en plus de difficultés à supporter.
4 Dans une société de plus en plus individualiste, le pastoralisme pourrait être un lieu de recréation de solidarités collectives aujourd’hui très relâchées.
Une situation bien identifiée en Corse mais des difficultés communes à tous les territoires pastoraux de montagne et de Méditerranée
En l’absence de participants d’autres régions, c’est à travers un film sur la question du feu en Catalogne française que la convergence des problèmes du pastoralisme corse avec ceux des autres régions a été évoquée. Le film témoigne que les problématiques corses (lutte contre les incendies, spéculation immobilière, désertification de l’intérieur) se retrouvent dans d’autres régions.. D’autres constats énoncés ici pourraient s’appliquer ailleurs. Peut être par son insularité et sa relative petite taille la Corse a-t-elle su plus longtemps conserver un peu de cette cohérence et de cette richesse de la culture pastorale.
Le pastoralisme est bien une activité emblématique des incohérences de nos fonctionnements économiques et sociétaux vis-à-vis des défis environnementaux et énergétiques que nous allons devoir relever.